Remède #1 – L’argile

Une nouvelle série s’ouvre aujourd’hui, la série des « remèdes » (oubliés, de grand-mère, de Madame Michu, de santé naturelle et j’en passe). Je tiens à préciser que l’ensemble des techniques proposées ne sont pas à utiliser seules de manière isolée, mais à intégrer dans le cadre d’une cure naturopathique. Je vous recommande donc de prendre rdv avec un naturopathe afin d’établir ensemble les techniques qui seront adaptées à votre tempérament en fonction de votre énergie vitale disponible et des réformes d’hygiène de vie prioritaires identifiées.


L’argile est un remède naturel utilisé depuis la nuit des temps par les hommes, que ce soit pour la construction que pour ses vertus thérapeutiques. Essayons d’en savoir un peu plus.

Qu’est-ce que l’argile ?

Il s’agit de minéraux formés au cours des temps géologiques par altération de diverses roches silicatées de surface ou de proche surface, selon les conditions locales d’hydratation, de drainage, d’hydrolyse et de pression, et selon les climats.

Les argiles sont le devenir de ces roches lorsque, remontant des profondeurs par le jeu de la tectonique des plaques, elles se font agresser par les dures conditions de la surface : oxygène, gaz carbonique, variations de température, ruissellement. Ce sont des structures qui se sont adaptées à ce changement de milieu : les roches se réorganisent en se structurant davantage. Les silicates d’alumine sont des cristaux, aux motifs répétitifs de silice SiO2, d’alumine Al2O3 et d’eau H20.

Les argiles sont des structures en constante évolution selon le milieu environnemental.

La plupart du temps, les différentes variétés ne se trouvent pas pures dans la nature, mais en mélange entre elles, et associées à du sable, du calcaire (carbonate de calcium cristallisé sous forme de calcite), de la dolomie (carbonate de calcium et de magnésium), des éléments trace, etc. Un échantillon recueilli dans son gisement peut contenir 23% de sable, 13% de calcaire, 9% d’hydroxyde de fer et 55% d’une fraction argileuse vraie, cette dernière étant composée de 1/3 de kaolinite, 1/3 d’illite et 1/3 d’interstratifiés divers.

Quelle est la structure de l’argile ainsi que ses caractéristiques ?

Les argiles ont une structure « cristalline » constituée de feuillets entre-calés d’espaces interfoliaires. La dimension de la maille moléculaire (feuillet + espace interfoliaire) et leurs caractéristiques sont propres à chaque type d’argile.

Chaque feuillet est formé de 3 couches : 2 couches de silice en surface et une couche médiane d’alumine.

La surface spécifique des silicates d’alumine hydratés est considérable. En effet, en milieu liquide les particules d’argile ne s’entassent pas en conglomérats, mais s’étalent sous forme d’un film continu.

En conséquence, une suspension de silicates d’alumine va former sur la paroi digestive un gel adhérent et durable. 3 g de cette argile peuvent aisément couvrir l’ensemble de la zone de notre intestin grêle où les particules alimentaires sont absorbées par la muqueuse, estimée à deux cents mètres carrés en tenant compte des valvules conniventes, des villosités et des microvillosités.

Adhérence et capacité de fixation

Lorsque les feuillets d’argile se fixent sur un support, l’adhérence qui en résulte est efficace. Les forces mises en jeu peuvent être de différents types, dont :

  • simples attractions de type Van Der Walls ;
  • fixation par le biais des ions compensateurs ;
  • charges des faces latérales des feuillets.

Ces propriétés d’adhérence permettent à l’argile de recouvrir en continu la surface exposée, à la manière d’un pansement protecteur, et/ou d’enrober plus ou moins complètement un petit ensemble bien différencié mobile ou fixé telle une bactérie, et de l’inhiber en l’isolant du milieu, ce qui limite considérablement son action.

Quelles sont les propriétés physico-chimiques de l’argile ?

Les propriétés de l’argile sont dues à ses 2 fonctions :

  • ADSORPTION : phénomène de fixation en surface d’atomes, d’ions ou de molécules (adsorbats) sur une surface solide (adsorbant) depuis une phase gazeuse, liquide ou une solution solide (processus actif) ;
  • ABSORPTION : imprégnation de la totalité de son volume d’un liquide ou d’un gaz (phénomène passif) ;

Une espèce argileuse sera caractérisée par ses spécificités : le nombre et l’accessibilité de ses sites réactifs, et sa capacité d’adsorption, de capture et de fixation ionique.

Il existe divers types d’argile : verte, jaune, rouge, blanche, violette, etc. Nous traiterons ici principalement de la verte pour son utilisation en interne et en externe.

les-argiles

Source image

Mais ce n’est pas la couleur qui différencie deux types d’argiles ! En effet, il y a de nombreuses différences entre une argile verte illite et une argile verte montmorillonite, entre une argile blanche montmorillonite et une argile blanche kaolinite… La différence entre ces types d’argiles réside dans le lieu d’extraction (le mot « montmorillonite », par exemple, vient de Montmorillon, ville située dans le département de la Vienne) et leur structure interne. Certaines ont une structure « en feuillets » et contiennent deux couches de silice et une couche d’alumine, ou trois couches de silice et une d’alumine ; d’autres ont une structure dite « fibreuse ». Cette distinction est importante car elle influe sur les pouvoirs d’absorption et d’adsorption de chaque type d’argile. Pas facile de s’y retrouver ! Ci-dessous, les 5 sortes d’argiles les plus couramment utilisées pour les applications santé et beauté.

Type d'argile - extrait livre l'argile malin

Tableau extrait du livre « L’argile c’est malin » de ALIX LEFIEF-DELCOURT

Qu’est ce que la « géophagie » ?

La géophagie est définie comme l’ingestion active de matière terreuse. Étymologiquement, ce terme dérive du mot géophage, du grec phagein, manger, et de ge, terre. Peu de populations humaines ont été exemptes de géophagie. On peut citer le Japon, la Corée, la Polynésie, Madagascar, l’ancienne Egypte et Babylone, ainsi que les Grecs et Romains anciens, qui auraient ingéré des « terres » dans le cadre de soins. Plusieurs populations continuent à en consommer. Cependant, ce n’est pas véritablement de la terre que ces êtres consomment, mais presque toujours des argiles, parfois du sable, parfois aussi du calcaire ou des dépôts fossiles de diatomées et des micro-algues unicellulaires.

Saviez-vous que les animaux se soignent avec l’argile ?

Présente chez les invertébrés et répandue chez les vertébrés, la géophagie est avérée chez les reptiles, les oiseaux, et de nombreuses espèces de mammifères, incluant des primates non humains et humains. Seuls les carnivores stricts seraient exempts de ce comportement. Dans la jungle amazonienne tous les animaux de la forêt, y compris les oiseaux mais à l’exclusion du jaguar, sont friands d’argiles (silicates d’alumine). En Europe, le loup, le renard et le chien en mangent volontiers.

Les animaux consomme de l’agile pour :

  • résoudre les problèmes digestifs (gastralgies, affections intestinales);
  • se supplémenter en minéraux ;
  • obtenir une sensation de satiété en cas de famine;
  • lutter contre les parasites intestinaux;
  • ôter certains toxiques de la ration ;
  • se soigner.

Quel est l’intérêt de l’argile pour le naturopathe ?

De par les 2 propriétés précédemment citées, l’argile présente un intérêt au sein des 2 cures naturopathiques suivantes :

  • CURE DESINTOXICATION: un encrassement du terrain par des toxines ou toutes autres surcharges conduit à une diminution de l’énergie vitale ainsi qu’à un affaiblissement du système immunitaire. Il y a ainsi altérations des fonctions physiologiques conduisant à une acidification du terrain et à des inflammations diverses. C’est sur ce type de terrain que les pathologies peuvent s’établir. Utiliser de l’argile permet d’éliminer déchets, toxines, poisons, etc., fait diminuer l’encrassement et redonne de l’énergie tout en favorisant les défenses immunitaires. L’argile contribue ainsi à réduire l’acidité et l’inflammation du terrain concerné.

A noter que l’argile peut être utilisée comme anti-poison (capacité adsorbante), d’où l’intérêt d’en avoir chez soi et dans sa trousse de secours.

  • CURE DE REVITALISATION:
    • Reminéralisation : les argiles contiennent de nombreux éléments utiles, voire essentiels, tels que le cuivre, le zinc, le cobalt, le chrome, le manganèse, le fer, le sélénium, etc. L’apport de ces minéraux contribuent à un apport de minéraux utiles à l’organisme. Cela est possible par des cures d’argile répétées (ce n’est pas un simple verre qui va reminéraliser. Tout comme la déminéralisation, la reminéralisation est un long processus), et une hygiène de vie adéquate (revoir alimentation, stress, exercice physique, etc).
    • Revitalisation : la superposition des cavités hexagonales des feuillets crée un couloir électrostatique, dont le rôle est peut-être déterminant en thérapeutique. La présence de ces charges terrestres est synonyme d’une force vitale intrinsèque (d’où l’importance de connaitre l’origine, le processus d’obtention et de stockage de l’argile en question !)

« Je fais de la maladie par la répétition, la quantité et de la mauvaise qualité. Je fais de la santé par la répétition, la quantité et de la bonne qualité. » Marie KERMAGORET, naturopathe.

Quels sont les propriétés de l’argile pour la santé ?

  • Antiseptique – bactéricide
  • Cicatrisante
  • Anti-inflammatoire
  • Reminéralisante
  • Détoxifiante – drainante
  • Décontractante et sédative (efficacité redoutable sur la nuque car c’est par cette zone que tout passe pour aller au cerveau et c’est à ce niveau-là que le stress se fait souvent sentir)
  • Hémostatique
  • Protection dermatologique (protège des insectes et du soleil * lorsqu’appliquée sur la peau)
  • Vermifuge
  • Désodorisante (la blanche est utilisée comme du TALC. A mettre dans une grosse salière et s’en mettre sous les bras le matin si besoin)
  • Reconstituante des globules du sang (hématies)
  • Renforcement des défenses de l’organisme
  • Amélioration du métabolisme digestif et de l’état général à l’auto-guérison est favorisée et sera plus puissante.

* si coup de soleil, il va falloir utiliser de l’argile en quantité. En effet, le cataplasme va rapidement chauffer (il absorbe la chaleur). Il faut enlever le gros du cataplasme régulièrement et remettre de l’argile fraiche jusqu’à nécessaire.

En conséquence, les affections pour lesquelles l’ingestion d’argile est recommandée sont :

  • sphère digestive : gastrites, dyspepsies, oesophagites, ulcères gastroduodénaux, hernie hiatale avec ou sans reflux, gastro-entérites infectieuses, migraines d’origine digestive, entérites, colites, diarrhées, dysenterie, parasitoses et mycoses digestives, intoxications gastro-intestinales non infectieuses (toxiques, champignons et mycotoxines, iatrogénie), colopathie fonctionnelle, colite ulcéreuse et maladie de Crohn (symptomatique), constipation (argiles riches en magnésium) ;
  • épilepsie ;
  • nervosisme, insomnie ;
  • asthénie ;
  • cystite (selon le témoignage des utilisatrices, la prise par voie orale ôte les douleurs, raccourcit la durée de la crise, et espace les crises) ;
  • dermatoses (associé à des applications externes) ;
  • rhumatismes (associé à des applications externes) ;
  • empoisonnements aux métaux lourds, alcaloïdes, autres poisons.

Comment préparer l’argile ? 

Il est important de toujours acheter une argile 100% naturelle, séchée au soleil (Argiletz par exemple).

Collage argile

En fonction de l’usage souhaité, la forme à utiliser est différente :

  • choisir la « concassée » uniquement en externe car celle-ci est non purifiée (généralement vendue en gros paquets de 1 ou 3 kg) ;
  • en interne, choisir la « ultra-ventilée » ou « surfine » (la différence repose dans la granulométrie, la utlra-ventilée est plus fine que la surfine – vendue en sachet de 200 ou 300 g).

Préparation argile interne externe SJ

En externe, ne jamais mettre 2 cataplasmes à la fois sur 2 zones du corps différentes. Un seul endroit à la fois pour concentrer les efforts du corps sur celui-ci.

En interne, espacer la première prise alimentaire du matin le plus possible. Idéalement, faire du jeûne intermittant. Une cure d’argile en interne dure 21 jours. Si vous souhaitez enchainer deux cures, les espacer d’au moins 1 semaine.

Dans le cadre d’une cure, on définit un objectif. En fonction de ce dernier, on choisira l’argile adéquate. Par exemple, au niveau du système digestif :

  • La cure d’argile verte est plus recommandée pour assainir le système digestif dans le cas de ballonnements (souvent dus à une dysbiose intestinale) ;
  • La cure d’argile blanche est recommandée pour apaiser et cicatriser le système digestif si ce dernier est inflammé mais sans ballonnement (donc sans déséquilibre de la flore intestinale).

La quantité d’argile ingérée dépend de l’âge et du poids, et de son ressenti.

Chez les enfants, quand l’argile fonctionne, elle peut parfois énerver ou agacer et provoquer des démangeaisons au niveau de l’anus ou du nez. De manière plus générale, on peut également « sentir » plus fort (ceci est lié à la détoxification), voir ses règles plus chargées ou abondantes.

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Et pour les bébés / enfants plus précisément ?

Une amie naturopathe m’indique :

« L‘argile est aussi magique pour les enfants. En cas de rougeurs (varicelle par exemple), infections de la peau etc, utilisez de l’argile verte qui a une action apaisante et désinfectante. En cas d’érythème fessier chez les bébés, saupoudrez de l’argile blanche directement sur la peau sèche comme du talc (c’est plus écologique, Et plus naturel). Enfin, l’argile blanche peut être utilisée pour les soins du cordon comme alternative aux produits classiques dont les compositions laissent à désirer : utilisez de la teinture mère de calendula diluée pendant 2/3 jours, ensuite saupoudrez l’argile sur le cordon quand c’est sec et renouveler à chaque change. »

En interne, quels sont les réactions possibles de l’organisme ?

L’argile a une intelligence et va accompagner le corps dans le processus de détoxification (si intégrée dans le cadre d’une cure naturopathique) pour l’aider à éliminer ce qui l’encombre. Des symptômes propres à vous-mêmes peuvent apparaitre (maux de tête, douleurs articulaires, rougeurs, fatigue, …), synonyme que l’argile agit, mais ils s’estomperont au fur et à mesure. Si c’est difficile à supporter, réduire la quantité à 1/2 càc par jour, en ne buvant que le lait d’argile comme en semaine 1 (cf. schéma ci-dessus sur les usages en interne et en externe), et être attentif à ce que vous dit votre corps. Si les symptômes s’estompent, reprendre la quantité d’avant la crise jusqu’à la fin de la cure.


Quelles sont les contre-indications ?

  • Ne pas prendre d’argile de manière concomitante avec des médicaments – pilule contraceptive incluse. Espacer les prises d’argile et de médicaments de 2 heures minimum, idéalement 3h pour éviter toute interaction. Espacer de 4 heures pour les antibiotiques de la famille des quinolones.

Dans le cas de traitement médicamenteux à prendre à jeûn (comme pour la thyroide), prendre l’argile le soir 2 heures minimum après la dernière prise alimentaire.

  • Ne pas prendre d’argile avec de l’huile de paraffine, de l’huile de ricin (mais ok si huiles végétales)
  • Femmes enceintes et allaitantes
  • Victimes d’occlusions intestinales
  • Constipation chronique sévère
  • Hypertension sévère

Citations extraites de « L’argile qui guérit » de Raymond Dextreit

Si Raymond l’a dit … 🙂

« Et le fait est : l’argile agit avec discernement, entrave la prolifération des microbes et bactéries pathogènes, c’est à dire tout corps parasitaire, tout en favorisant la reconstitution cellulaire saine. Incontestablement, c’est une force intelligente, bienfaisante, qu’il faut avoir expérimentée pour concevoir l’ampleur de son action. »

« Un autre fait : l’argile va où est le mal. »

« Partout où il y a une carence, l’argile semble combler ces carences sans que l’analyse ne révèle une exceptionnelle richesse de ces substances carencées dans l’argile. »

« Elle stimule l’organe déficient et contribue au rétablissement de la fonction défaillante. »

« Elle ne doit pas être considérée comme un remède anodin et c’est avec discernement qu’elle doit être utilisée, en usage interne surtout. »

« Soulignons que pour obtenir une guérison totale, il faut faire appel à l’argile, mais aussi adopter un mode d’alimentation en harmonie avec l’argile, donc avec les lois naturelles. »

. . .

J’espère que cet article vous a plu. N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous si vous avez des remarques ou questions.

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Sources :

  • Cours ISUPNAT « Argile et vieux remèdes » Marie Kermagoret.
  • Thèse Jade Allègre « Les silicates d’alumines (argiles) en thérapeutique » – 2012.
  • « L’argile c’est malin » de ALIX LEFIEF-DELCOURT aux éditions Leduc.s

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